lundi 18 janvier 2010

*** 2 years to live en reprise *** Barack Obama, ce politicien hyper réel [@13 novembre 2008].

Bientôt près d'un an depuis l'arrivée à la Maison-Blanche de Barack Obama. Le 13 novembre 2008, je publiais ce billet, une sorte de lettre ouverte en réponse à deux autres lettres ouvertres publiées par le journal Le Devoir; mais surtout une tentative d'explication face au phénomène Obama.

Quelques temps plus tard, on pourrait se rendre compte que rien n'a particulièrement changé; au contraire.

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J'y pense depuis longtemps: Barack Obama, un cyborg ? Mais je n'étais pas capable de mettre le doigt dessus. Après avoir lu la lettre de mon ami Dominique Trudel et celle de Thierry C. Pauchant en page A11 du journal Le Devoir, j'en suis arrivé à ce texte.

Alors que la perspective politique de Dominique Trudel met en relief, avec raison, l’indubitable participation citoyenne dans la construction d’un sens historique, il semble que l’essai de Thierry C. Pauchant, quoique prometteur, s’arrête en chemin sur l’aspect stratégique plutôt que de développer sur l’événement en soit.

Depuis son élection, je me questionne abondamment sur le sens postmoderne de Barack Obama. Et c’est à la page A11 du journal Le Devoir en date du 12 novembre 2008 que je crois avoir aboutit ma réflexion.

Tout d’abord, cet essai de Monsieur Pauchant. D’une manière pragmatique – quasiment mathématique, on peut s’en douter – l’auteur extrapole sur le sens postmoderne du premier Noir élu à la présidence des États-Unis. Or, jumelé au texte de Dominique Trudel, l’exposé du professeur titulaire à HEC laisse sur son appétit.

Suite à ce que Dominique Trudel eut souligné à gros traits la participation de l’individu massifié dans la construction d’un sens conjoncturel, Pauchant nous donne donc à penser que Barack Obama n’est peut-être pas pleinement en contrôle de son langage comme son essai semble le prétendre.

C’est cette image qui occupe le tiers de page tout en haut de la page Idées qui déclenche la réflexion suivante : pourquoi une image captée par un photographe professionnel et reprise par un journal dans une section particulièrement intellectuelle représente-elle une synthèse postmoderne de la personne de Barack Obama ?

L’étendu du langage que sous-tend cette photo était, dans un premier temps, instinctivement saisi par le photographe : l’immensité du ciel, le rêve, la descente de l’au-delà, Riefenstahl n’aurait pas fait mieux. Mais comment cette image représente-t-elle la postmodernité ? Pour moi, la référence est claire : The Truman Show (Peter Weir, 1998).

Vous savez, lorsque le bateau de fortune de Truman Burbank vient s’échouer contre le mur du studio de télévision où il vit depuis toujours ? Un post Christophe Colomb qui découvre le monde; mais plus précisément un autre monde, le renouveau, quoi. Et bien le voilà notre Barack Obama postmoderne. Une synthèse d’images en mouvement qui représente le renouveau.

Dans les mots de Jean Lohisse, décomposé [puis] reconstruit par la technique, [Barack Obama] devient alors mutant biologique ou cyborg. Même pour sa famille, pour sa femme, pour lui-même, Barack Obama n’est plus ce qu’il a déjà été. Il y travaille depuis longtemps mais il est désormais ce que le cinéma, la télévision, les médias nous avaient préparé à voir. Du récit biblique jusqu’au dernier grand succès hollywoodien The Dark Knight (Christopher Nolan, 2008) qui nous demandait de Believe in Harvey Dent, l’issu du récit semblait inévitable dans sa résultante intrinsèque.

Voici donc ressurgir à nouveau la vision de Dominique Trudel. Le sens donné à cette image en mouvement perpétuel qu’est Barack Obama, il vient essentiellement du peuple.

Comme tout bon film de genre, la recette est construite et entretenue par un public avide d’hypnose désireux d’obtenir ce dont il désire par le biais de l’écran. Pas surprenant que pour couvrir un tel événement, CNN eut recourt aux hologrammes. L’hyperréalisme de voir un politicien Noir être élu à titre de président des États-Unis, nous l’avions déjà vécu au travers les différents médiums d’informations et de divertissement. Il ne restait donc que la couverture de l’hyper réalité, ce faux-semblant d’historicité qui n’était que la concrétisation du cycle perpétuel de l’évolution du genre humain en quelque chose de toujours plus numérisée.

La preuve, c’est que nous croyons possible d’en faire une copie. Partout, nous nous souhaitons au Québec un Barack Obama. S’il semble si simple et même possible de copier un Barack Obama comme lui-même s’est vu reconstruit au fil du temps à partir d’hybrides comme JKF et Martin Luther King, il est d’une évidence même que nous avons à faire à une copie de quelque chose.

Et elle est donc là l’hyper réalité. Dans la conviction profonde que nous avons devant les yeux un homme vrai; alors qu’il en est tout le contraire. Peu importe le charisme, la bonté, l’espoir qui se dégage de Barack Obama, il n’en demeure pas moins que nous sommes face à un spectacle plus grand que nature qui même s’il permet de rêver, captive davantage.

Enfin, et à la lumière de ce que Dominique Trudel pouvait nous souhaiter, le fatalisme de la participation citoyenne même si elle ne fait plus aucun doute à plusieurs égards, demeure surtout évolutive, et donc certainement, historique.

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