dimanche 5 avril 2009

Fast & Furious ou (l’improbable) revanche de l’industrie (moderne) de l’automobile états-unienne.

Tout d’abord, l’essentiel. Il ne s’agit pas ici d’un bon film. Le scénario est mal ficelé, le jeu d’acteur est morne et dans l’ensemble la réalisation demeure peu inspirée.

Or, le produit culturel en soit représenterait quelque chose qui pourrait s’apparenter au dernier souffle d’une industrie toujours accrochée à la modernité.

Le retour du western (bis)

Pour ce quatrième volet, on retourne au récit original, mais on retourne aussi davantage au mythe fondateur états-unien : le western. Comme l’indique : New Models, Original Parts – on fait du nouveau genre avec la série filmée qui débutait en 2001. C’est à la mode de réactualiser le western, c’est-ce qu’en pense aussi Ignacio Ramonet dans son ouvrage Propagandes silencieuses : « Le western procurait à cette nation d’émigrants et de colons un mythe fondateur des origines. Un mythe terrien, agraire, archaïque, mais pour les Blancs (et protestants) exclusivement. Or la société devenue décidément urbaine, s’est complexifiée. La vogue du multiculturalisme exige désormais le respect des autres communautés : afro-américaine, hispanique, indienne, asiatique, catholique, juive, islamique… ».

C’est pourquoi, dans ce cas-ci et à la différence du premier volet, le héros du film est bel et bien Vin Diesel; et non Paul Walker. Et pour l’occasion, Diesel joue un hispano-américain. Croyant en 2001; il perd ici la foi après la mort de son amoureuse jouée par Michelle Rodriguez. S’ensuit donc un récit classique de vengeance sanglante.

On parle donc du retour du western spaghetti: The Good, The Bad and The Ugly; The Fast and The Furious. L’Ouest américain redevient le lieu de prédilection où la vengeance s’assouvira après une chasse à l’homme en plein désert et aux frontières du Mexique et des Etats-Unis. Les armes sont toujours présentes ; les montures changent.

On pouvait s’y préparer grâce aux outils promotionnels du film, l’attrait n’est plus nécessairement aux bagnoles importées complètement modifiées ; il est plutôt au muscle car états-unien. Le conflit initial se résout donc par la mort du méchant Noir tueur empalé par la puissante voiture conduite par Diesel qui lance à ce dernier au bord de la mort : qu’il n’est qu’un faible.

Il est vrai que, plus tôt dans le film, Vin Diesel avait accusé réception d’une balle dans l’omoplate gauche en ne bronchant qu’à peine. Du grand art. Un hyper-mâle visiblement encore plus invincible, encore plus indestructible que les hommes-spectacles du type Sylvester Stallone, Arnold Schwarzanegger, ou Bruce Willis des années 80. Alors de témoigner de la mort d’un Noir incapable de maîtriser la puissance automobile américaine, qui a assassinée la sacrée sainte Rodriguez et qui arbore fièrement sa proximité socialiste avec la faucille et le marteau tatoués sur le coup : il n’y a qu’un pas à franchir avant d’arriver à la condamnation (ou la peur) du plan de redressement du secteur automobile proposé par Barack Obama.

Tout le reste du film est accessoire à cette confrontation.

Le passage à la postmodernité

Si ce film souligne quelque chose, c’est l’indéniable passage de la modernité à la postmodernité. L’industrie qui s’accrochait toujours à un mode de production moderne représente donc maintenant son incapacité à survivre si ce n’est qu’en devenant postmoderne. Le problème que pose ce passage n’est cependant pas simple.

En effet, si Fast & Furious tenait du western spaghetti, prenons ce qu’en pense Ignacio Ramonet : « En réalité, il ne s’agissait pas d’imitation, car à regarder ces westerns de plus près on aurait pu noter que, de prélèvements en repiquages, de démarquages en transgressions, ce qui se balisait c’était la frontière d’un genre nouveau. Ce qui se constituait, c’était le corps d’un récit différent relevant plutôt, par l’abondance disparate des greffes, d’une tératologie des fictions. Seules les apparences rappelaient le western américain. Pour le reste, il s’agissait de pur simulacre. Les spectateurs les plus attentifs remarquèrent que le western italien était au western américain ce que Mr Hyde est au Dr Jekyll, à savoir : son double jubilatoire, pulsionnel, épanoui. »

Mais alors, qu’est-ce que le simulacre du genre nouveau genre ? Réalisé par un asiatique, Fast & Furious représenterait ici la situation ambiguë dans laquelle est plongée l’Amérique (et de manière plus large l’Occident). Le recours à une nouvelle recette semble évidente, mais reste à savoir comment articuler cette recette sans bafouer les valeurs fondamentales de la société états-unienne.

Le film nous suggère le recours à la foi. Ce n’est pas parce que Vin Diesel avait perdu la foi en Dieu qu’il perdrait la foi en à la puissance mécanique de sa nation. Le recours au simulacre pour venir à bout d’une fausse représentation ne semble pourtant pas particulièrement pertinent.

Vin Diesel est donc condamné à la prison. Ce vent d’optimisme qui soufflât sur la vie collective américaine n’est cependant que de courte durée. Sans nous révéler l’issu de la tentative, la séquence finale de Fast & Furious nous suggère que ses vieux amis dont l’ambivalent justicier Paul Walker tenteront un sauvetage à la manière des vols de diligences pétrolières orchestrés en début de film et dans l’épisode 2001.

Est-ce que le sauvetage réussira ? Est-ce que le sauvetage est nécessaire ? Est-ce qu’il ne vaudrait pas mieux de laisser à l’écart cette foi définitivement postmoderne en la pertinence des valeurs modernes ?

À défaut de savoir comment elle vivra la postmodernité, l’Amérique assume maintenant qu’elle a quitté la modernité. Lui reste désormais à réfuter l’idée qu’elle doit nécessairement y retourner.

Aucun commentaire: