mardi 17 mars 2009

réalité, (r)éalité, vérité, (v)érité et (V)érité.


La même image, on nous la (re)montre partout, tout le temps, toujours.  La même image est sans cesse ressassée en boucle: partout et continuellement.  En boucle, dans les différents journaux, en boucle sur les différentes ou sur une même chaîne de télévision, en boucle sur internet: effectivement partout et continuellement.  Cette image, certes une (re)présentation de la réalité.  Mais la réalité, elle-même se (ré)organise par la boucle.

Allons plus loins que Bergson et Deleuze en avançant que c'est dans notre illusion cinématographique, dans la plus vieille illusion que nous (re)devenons l'organe à perfectionner de la nouvelle (r)éalité.

Bergson croyait dans L'évolution créatrice (1907) que le cinéma se composait de coupes immobiles + mouvement abstrait alors que Deleuze dans L'image-mouvement (1983) le ravise plutôt vers la définition qu'il donnait en 1896 dans Matière et mémoire sur les coupes mobiles et l'image-mouvement.  Parce que le cinéma ne nous donne pas une image à laquelle il ajouterait du mouvement, il nous donne immédiatement une image-mouvement.  Il nous donne bien une coupe, mais une coupe mobile, et non pas une coupe immobile + du mouvement abstrait.  La coupe immobile + du mouvement abstrait serait plus l'apanage, selon Bergson, de la perception naturelle.

Nous prenons des vues quasi instantanées sur la réalité qui passe, et, comme elles sont caractéristiques de cette réalité, il nous suffit de les enfiler le long d'un devenir abstrait, uniforme, invisible, situé au fond de l'appareil de la connaissance...Perception, intellection, langage procèdent en général ainsi.  Qu'il s'agisse de penser le devenir, ou de l'exprimer, ou même de le percevoir, nous ne faisons guère autre chose qu'actionner une espèce de cinématographe intérieur.

C'était en 1907 et toujours d'actualité aujourd'hui.  La réalité qui passe, c'est désormais les journaux que je lis chaque jour, ce sont les blogues, la radio, la multitude de fois que je consulte des sites de nouvelles continues, c'est les chaînes de télévision que je regarde tous les jours, tous les soirs, toute la journée etc.  Enfilé le long d'un devenir abstrait, uniforme, invisible, situé au fond de l'appareil de la connaissance, nous ne construisons plus une perception illusoire de la réalité mais bien une nouvelle (r)éalité.  Le cinéma était composé à l'origine de dix-huit puis vingt-qautre et maintenant au numérique de trente images/secondes: c'est l'ensemble de photogrammes en mouvement qui donnait le cinéma image-mouvement.  Mes instantanés sur la réalité ce sont les images médiatiques que j'organise en tant que cinématographe.  Mes (trente) photogrammes, je les ai énumérés plus tôt: ces images qui sont des instants quelconques, (re)produits inlassablement, en boucle.  Nous sommes désormais à même de (re)créer de la (r)éalité à partir de la réalité parce que je suis (re)devenu cinéma.

Je (re)crée donc exactement ce dont j'ai besoin pour créer mon cinéma: de l'image-mouvement.  L'image médiatique soit cinéma et télévisée déjà établie comme telle ou image fixe non moins immobiles.  Le mouvement y est nécessairement, déjà, (ré)inscrit car désormais coupe mobile participant à la (re)création de la (r)éalité par mon cinéma.  C'est dans cette boucle de (re)création de (r)éalité que s'éloigne une certaine vérité initaile plus près du genre humain que de l'esprit mécanique de (re)reproduction du (r)éel d'où émanerait une (v)érité.  D'emblée la vérité est contestable mais l'apparition d'une (v)érité peut inquiéter.  On pourrait croire dans la vérité de la (re)présentation initiale mais c'est dans la construction du sens par mon cinéma que peut se (re)trouver quelque part dans la collure au montage cette (v)érité: cet espèce de faux raccord qui permet de connecter, de faire fonctionner, de donner une fluidité confortable et une efficacité radicale au tout.  Parce que cette (v)érité colmate et solidifie non plus ma pellicule mais ma programmation.  Mon cinéma il est à l'heure du numérique: la collure est désormais un algorithme.

Parce qu'il faut plus que jamais croire pour vivre (adéquatement) dans notre (r)éalité, la nécessité d'une (v)érité serait-elle remplacée par une (V)érité ?  Encore plus radicale et unique parce que plus simple et efficace dans la préservation du processus de construction de nouvelles (r)éalités ?  Une telle évolution dans nos manière de (re)créer notre existence nous mènerait d'organe à perfectionner du (r)éel à pure machine à penser.

En construisant notre existance sur de plus en plus d'images-mouvement elles-mêmes (re)créées en d'autres (r)éalités pouvait-on présager l'apparition de plusieurs (v)érités justifiant le processus de création/consommation mécanique: une certaine  libéralisation et démocratisation de la (v)érité pour l'individu capable de construire son monde au travers celui du concitoyen ?

Cependant, cette fenêtre possiblement démocratisante se referme aussitôt ainsi que notre vision post-moderne du recyclage infini pour entrevoir la potentialité d'une (post)post-modernité dans la dé(con)struction des (v)érités nécessaires à l'emergence de la (V)érité.

Notre seule chance: Tom Cruise.

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